L_oeil du larinx - François Rollin - Apoplexie - 10-04-2005.mp3
Mes chers compatriotes,
On ne peut pas rigoler tous les jours. Tôt ou tard, il fallait que nous parlions ici d’apoplexie. Le moment est venu, c’est d’apoplexie que je vais vous entretenir. Je sais ce que vous allez me dire. Vous allez me dire « Quel dommage, il y a tant de jolis mots commençant par apo, pourquoi fallait-il que nous tombions, c’est le cas de le dire, sur l’apoplexie ? ». Je partage votre avis. Nous avons secouru ici l’apocope, mais il reste l’apophtegme, l’apostille, l’aposiopèse et l’aporie, il reste apodictique, apocryphe, apologétique et aporétique. Faites moi confiance : nous nous occuperons de tous ces apo, comme disent les chasseurs de canards. Mais il fallait bien commencer par un bout. J’ai choisi l’apoplexie. Ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à écrire au ministère. Quel ministère ? Tous les ministères. Ça vous occupera.
L’apoplexie est un arrêt brusque et plus ou moins complet des fonctions cérébrales, avec perte de la connaissance et du mouvement volontaire, sans que la respiration et la circulation soient suspendues. On est frappé d’apoplexie. Au sens propre, c’est embêtant, je vous le concède. Mais c’est au figuré que je veux réhabiliter l’apoplexie, au sens de la surprise paralysante, de la stupeur. Si vous étiez là la semaine dernière, vous pourrez dire avec moi « En entendant de telles balivernes, j’ai été frappé d’apoplexie ». Evitez, si vous m’en croyez, d’adjoindre, comme le font les journalistes sportifs, l’adverbe « littéralement ». Evitez de dire « j’ai été littéralement frappé d’apoplexie ». Cela supposerait que vous avez, au sens littéral, perdu connaissance, ce qui n’a pas été le cas, même si les balivernes étaient vraiment des balivernes. « Ce coureur cycliste a littéralement explosé dans l’ascension ». Non, pas littéralement, sinon on aurait retrouvé des morceaux de cyclistes disséminés dans la montagne.
Ils ont littéralement écrasé leurs adversaires. Non, pas littéralement, justement. Ce n’est que du sport. « Le coureur de 800 mètres s’est littéralement envolé à deux tours de l’arrivée ». Non, pas littéralement, il a fini les pieds bien sur terre, sinon il aurait probablement été disqualifié. Fermons la parenthèse, car tant d’impropriétés m’ont fait frôler l’apoplexie pas du tout littérale.
Et qu’en dit Charles Trenet ? Ecoutons.
(…)
Attendez, Charles, excusez moi, d’abord je ne connais pas ce mot « titalanne », ou « tintalanne », je ne le trouve dans aucun dictionnaire. Mais surtout, rechantez moi cette histoire d’apoplexie…
(…)
Alors là, Charles, j’ai du mal à vous suivre. Je me suis pas mal renseigné : les tomates farcies, et même les vraies tomates farcies, ne meurent pas d’apoplexie. D’ailleurs les tomates farcies ne sont pas vivantes, elles n’ont donc pas l’occasion de mourir. Finalement, je me demande si tout ça ne serait pas un peu de la poésie sur les bords. Passons.
Ou plutôt ne passons pas, revenons-y, avec cette émouvante saynète pleine de rien du tout et farcie d’une absence totale de farce.
- Simone, je termine ma thèse sur l’apoplexie, et je cherche une comparaison frappante pour une attaque d’apoplexie mortelle.
- Tu veux dire, quand quelqu’un meurt d’apoplexie ?
- Oui, ça te fait penser à quoi ?
- A une tomate.
- Une tomate ordinaire ?
- Non, une tomate farcie.
- Une tomate farcie factice ?
- Non, une vraie tomate farcie.
- Merci Simone, qu’est ce que je te dois ?
- Embrasse moi…
La prochaine fois, nous volerons littéralement au secours du mot tomate farcie, en un seul mot, comme titalanne.