L_oeil du larinx - François Rollin - Baliverne - 03-04-2005.mp3
Mes chers compatriotes,
Je le confesse, je n’ai jamais été très attiré par l’œuvre de Jules Verne. A mon goût, et je n’oblige personne à me suivre, cette œuvre manque cruellement de sentiments. Vous ne serez donc pas surpris qu’ici, au Centre de Sauvetage des Mots menacés de Disparition, nous saluions l’année Jules Verne à notre façon, par un biais légèrement iconoclaste, en nous mobilisant en faveur du mot baliverne. Jules Bali, Jules Verne, Jules Baliverne. Ça vaut ce que ça vaut, ce sera notre hommage en tout cas.
Une baliverne, un propos futile et creux. Débiter des balivernes, c’est inutile, sans aucun doute, mais c’est tellement agréable à dire. « Ah, cesse je t’en supplie de débiter des balivernes, de plates balivernes, cesse de te répandre en balivernes éculées, je t’en conjure à genoux, Jean-Claude, assez de balivernes, et méfie toi, Jean-Claude, ne pousse pas le bouchon trop loin, nous avons supporté patiemment tes balivernes depuis des années, mais notre patience a des limites, et nos limites ont des bornes, Jean-Claude, ressaisis toi, mon vieux, tu dérapes, tu dérives, je dirai même plus, tu délires, mon vieux Jean-Claude, tu dis n’importe quoi et tu ne sais même pas ce que tu dis, gare, Jean-Claude, gare, tu es en roue libre, mon petit pote, tu commences des phrases et tu ne sais même pas comment les finir, respire, mon garçon, respire… »
Bien. Or donc , mes chers compatriotes, gloire et honneur à la baliverne, digne représentante d’une flamboyante fratrie, où figurent les bonnes vieilles sornettes, les extravagantes calembredaines, les invraisemblables fariboles, les légendaires fadaises, notamment celles d’Etretat, les archaïques coquecigrues et les pétulantes billevesées. Non, les mots ne manquent pas, à condition d’en avoir auparavant fait provision, les mots ne manquent pas pour désigner les sottises, les sempiternelles sottises. Et quand je pense, quand je pense, que tous ces mots avenants et colorés ont été supplantés par l’hégémonique vocable de connerie. « Arrêtez vos conneries », c’est très clair, mais « trêve de calembredaines », c’est clair aussi et ça change un peu. Je ne suis pas contre les conneries, j’en ai moi même commis un certain nombre, mais il faut se battre pour que les conneries n’assèchent pas la source pure et cristalline des billevesées, des coquecigrues, des balivernes, et des autres.
Tirons donc, avec Boby Lapointe, la fameuse sornette d’alarme.
(…)
Merci Boby.
La baliverne est, je l’ai dit, un propos futile et creux. En vertu de quoi les exemples de balivernes ne manquent pas. J’en ai sélectionné trois à votre intention.
1) Quelquefois, on n’a pas très faim, et une heure plus tard, on a faim.
2) Moi je trouve que les vacances y a du pour et y a du contre.
3) Je trouve que quelquefois en vacances on est pour avoir faim et une heure plus tard on est contre ne pas avoir très faim.
Mais ce n’est pas tant le libellé de la baliverne qui nous intéresse, c’est le mot, que vous boudez chaque année un peu plus, mes chers compatriotes. L’usage du mot baliverne décroît de 2,45% tous les 3,27 ans. Remédions y dare-dare en nous imprégnant de la saynète que voici.
- Simone, je ne veux plus voir Jean-Claude ici. Hier soir, iol nous a encore assommé de balivernes !
- Je sais, et je suis de ton avis. Mais que veux tu que j’y fasse ?
- Parle lui !
- Mais je lui en ai parlé !
- Et qu’est ce que tu lui as dit ?
- Je lui ai dit « Ah, Jean-Claude, cesse je t’en supplie de débiter des balivernes, de plates balivernes, cesse de te répandre en balivernes éculées, je t’en conjure à genoux, Jean-Claude, assez de balivernes, et méfie toi, Jean-Claude, ne pousse pas le bouchon trop loin, nous avons supporté patiemment tes balivernes depuis des années, mais notre patience a des limites, et nos limites ont des bornes, Jean-Claude, ressaisis toi, mon vieux, tu dérapes, tu dérives, je dirai même plus, tu délires, mon vieux Jean-Claude, tu dis n’importe quoi et tu ne sais même pas ce que tu dis, gare, Jean-Claude, gare, tu es en roue libre, mon petit pote, tu commences des phrases et tu ne sais même pas comment les finir, respire, mon garçon, respire… »
Bien bien bien. La prochaine fois, nous nous agripperons à l’adjectif « inchoatif » . Plus précisément, nous commencerons de nous y agripper, vous comprendrez pourquoi quand on en sera là. Bonne nuit à tous.