L_oeil du larinx - François Rollin - Superfetatoire - 27-03-2005.mp3
Mes chers compatriotes,
Je dois beaucoup à la ville de Thouars, chef-lieu de canton des Deux Sèvres. Je lui dois notamment deux pathétiques calembours, proférés à cette antenne, le premier parlant de la probabilité d’aller à Thouars, qui ne tient qu’en s’abstenant de la liaison, car on ne s’étonnerait pas outre mesure d’aller ra Thouars, et le second concernant un supposé mien neveu mouillé dans le trafic de drogue et qui, pour gagner du temps, deale à Thouars. Je dois tant à cette commune et aux quelques 11200 Thouarsais qui la peuplent que je ne puis plus longtemps passer sous silence les deux églises en partie romanes, le château du XVII° et les restes de fortifications médiévales, qui, entre autres richesses, font la renommée de Thouars. Pour remercier Thouars de ses bons offices, j’ai donc décidé d’organiser une super-fête à Thouars. Et voici, comme par enchantement et payé d’avance, le mot que nous allons séance tenante sauver de l’extinction : superfétatoire. Un adjectif un peu long il est vrai, mais ce n’est pas par hasard puisqu’il signifie : « qui s’ajoute inutilement, à une autre chose utile ». On ne saurait mieux illustrer ce mot en voie de disparition qu’en racontant l’histoire édifiante et par conséquent authentique que m’a racontée autrefois Roger Hanin en personne. Henri IV se rend en visite officielle dans sa ville natale de Pau, et il est d’usage, pour saluer la venue du roi, que soient tirés à son arrivée quelques joyeux coups de canon. Cette fois-là, de coups de canon, point. Mais une estafette, assurément déléguée par l’autorité locale, qui court au devant de la délégation royale, et explique au roi : Sire, nous n’avons pas tiré le canon, il y a à cela douze raisons. Premièrement, nous n’avions plus de poudre. Et Henri IV lui dit: C’est bon, ça suffit.
Oui, Henri IV avait raison, les onze autres raisons étaient « superfétatoires ». Elles s’ajoutaient inutilement à une chose utile, en l’occurrence la première et suffisante raison. Quant à nous, lorsque nous ferons cette super fête à Thouars, nous nous efforçons de prévoir de la poudre. Pour poudrer nos perruques, bien entendu, comme au XVII°.
Ne confondons pas superfétatoire et surnuméraire, « qui est en surnombre, en trop ». Il y a quelque chose d’actif dans le superfétatoire : il s’ajoute, il est donc en train de créer le trop. Le surnuméraire est passif : il est en trop, avant que d’avoir rien fait. Le premier se présente en trop, le second est déjà en trop, … et le cheval va au trot, c’est une autre histoire. Ecoutons le mot surnuméraire dans la bouche du grand Jacques à la mâchoire chevaline.
(…)
Merci, Jacques.
Distinguons aussi superfétatoire de superflu. Superflu : qui est en plus de ce qui est nécessaire. De proches parents, donc. Mais, si je puis me permettre, il y a dans superflu une nuance de reproche qui n’est pas dans superfétatoire. On constate qu’une chose est superfétatoire, alors qu’on dé nonce, qu’on stigmatise ce qui est superflu. On se contentera d’ignorer ce qui est superfétatoire, mais on voudra retirer ce qui est superflu. Un argument superfétatoire, un commentaire superflu. Je viens de vous donner un exemple superfétatoire, toute autre considération serait désormais superflue.
Une super-saynète, voilà ce que vous attendez ? La voici.
- Simone, avons nous bien fait le tour de Thouars ?
- Pas tout à fait. Nous n’avons pas parlé de ce qui se conserve à Thouars, en matière de musique notamment, ni surtout de l’art à Thouars, mariage de la culture et de l’agriculture.
- Oui, et nous aurions pu trouver de l’or à Thouars, à condition de prier, ou acheter des piles à Thouars, des piles pour ton dépilateur.
- J’ajoute une pensée pour les chirurgiens qui opèrent à Thouars, et pour ceux de leurs patients qui sont morts à Thouars, et qu’il ne faut pas oublier.
- En tout cas, tu étais divine à Thouars, et ça je ne m’en serais pas douté !
- Embrasse moi…
Merci à tous de votre indulgence. La prochaine fois, nous défendrons le mot diamidophénol, qui désigne un corps cristallisé incolore dérivé du pyrogallol et dont le chlorhydrate est utilisé en photographie sous le nom d’amidol. Nous nous battrons bec et ongles pour le diamidophénol. Ou pas